Crise sanitaire à l’Université de Rennes : qui est responsable ?
Ce 23 juin 2025, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité une proposition de loi visant à créer un registre national qui sert notamment à préciser le nombre de malades atteints d’un cancer, estimé à 4 millions. Les spécialistes espèrent ainsi faire avancer la prévention et la recherche contre la première cause de mortalité prématurée en France (157.000 décès annuels).
Nous sommes tous concernés, comme le montre la crise sanitaire qui secoue l’Université de Rennes. Plus de 140 personnels et doctorants de l’Institut des Sciences Chimiques de Rennes (ISCR) ont été touchés par la fermeture administrative de leurs laboratoires. En cause : des défaillances alarmantes des systèmes d’aération (sorbonnes) des bâtiments 10A-C (Beaulieu), signalées depuis 10 ans mais restées sans suite.
Depuis 2023, une vingtaine de cas de maladies graves (dont plusieurs cancers fulgurants) ont été recensés. Deux collègues sont décédés. Le lien avec les gaz toxiques, mal évacués dans les locaux, bien que sérieusement envisageable, n’est pourtant pas retenu par l’institution.
Si la communication sur ces problématiques se fait mieux que par le passé, ce qui contribue à rassurer les personnels, de lourdes incertitudes demeurent :
● C’est seulement fin 2023, suites aux tests fumigènes, que l’on a découvert qu’une partie des installations aérauliques du bâtiment 10C, pourtant réputées neuves, étaient inopérantes, alors que les personnels se croyaient en sécurité.
● Les « fiches d’exposition » des agents reposent sur une déclaration individuelle concernant les produits manipulés par chacun. Néanmoins, en raison des réinjections potentielles de gaz toxiques dans certains locaux, l’exposition à d’autres produits, non recensés sur ces fiches, ne peut être totalement exclue.
● L’hypothèse d’un déréglage des extracteurs par les utilisateurs a été réfutée, car seuls les personnels d’entretien de l’aéraulique ou les agents des services techniques de l’université (DIL) y ont accès.
● La découverte récente de l’abandon d’une partie du réseau d’évacuation des eaux usées pose un nouveau problème. Ce réseau a servi de compensation de pression d’air, ce qui a pu perturber les réglages aérauliques en fonction de son remplissage. Il a aussi pu transmettre des gaz toxiques et des odeurs entre laboratoires géographiquement éloignés.
Plusieurs syndicats ont dénoncé une gestion défaillante de la part de la présidence de l’Université : absence d’entretien, travaux d’urgence bâclés, communication tardive, abandon de responsabilités.
Les tutelles confirment qu’il n’y a « pas de financement obtenu à ce jour » (Formation spécialisée DR17 du CNRS* du 10 juin 2025), mais que « grâce aux subsides fournis par le CNRS, des études sont menées afin d’avoir les plans détaillés des transformations à prévoir » … Plans désormais établis par une filiale de droit privé Kampus 2050, chargée de « valoriser » le patrimoine de l’Université de Rennes.
Comment comprendre que l’université peine à débloquer 1,5 million d’euros pour finaliser les travaux, alors qu’elle se fait fort de trouver 450 millions d’euros d’ici dix ans pour finaliser son projet « Rennes Campus 2030 » ? Facteur peu propice à l’obtention de crédits, la dévolution du patrimoine immobilier demandée par l’Université de Rennes revient à dégager la responsabilité de l’état vis-à-vis de l’immobilier.
Pour FO ESR, cette crise sanitaire révèle surtout les méfaits d’une dérive plus inquiétante qui tend à se répandre : l’externalisation des services, conjuguée à la privatisation rampante qui aboutit à la mise en danger des agents publics.
Les personnels ne l’acceptent pas et demandent des travaux immédiats pour travailler dans des conditions de sûreté incontestables, un suivi médical renforcé, une enquête indépendante sur les manquements constatés et sur les responsabilités engagées.
Pour protéger l’université et la recherche publiques, les personnels et les étudiants, l’urgence ne peut être d’« engager la baisse du nombre de fonctionnaires » comme le préconise le ministre de l’Economie, Eric Lombard, afin de trouver 40 milliards d’euros d’économies et d’« avoir des fonds pour la Défense », l’urgence c’est de répondre sans attendre aux revendications.
L’austérité budgétaire tue !
La sécurité au travail n’est pas une option, c’est un droit !
